LES ORDONNANCES DES HOMMES
LES ORDONNANCES DES HOMMES
Vendredi
06 mars 2026
Semaine 10 : La plénitude en Christ
Thème
général : Unir le ciel et la terre.
Verset-clé :
Vous avez tout
pleinement en lui, qui est le chef de toute domination et de toute autorité (Colossiens
2:10).
I. LES RUDIMENTS DU MONDE :
l’ombre
terrestre remplacée par la plénitude en Christ
L’apôtre Paul emploie une
expression frappante pour parler de certaines pratiques religieuses : les «
rudiments du monde »
(Col 2:8,20 ; Gal 4:3,9). Par cette formule, il ne nie pas l’origine divine de
certaines institutions anciennes ; il souligne plutôt leur caractère
pédagogique et provisoire. Elles appartenaient à une étape de l’histoire du
salut. Elles étaient des signes, des symboles, des ombres. Ainsi Paul écrit : «
Ces choses ne sont que l’ombre des choses à venir, mais le corps est en
Christ » (Col 2:17).
Le sanctuaire terrestre lui-même
participait de cette pédagogie divine. Dans ce lieu sacré, le ciel et la terre
semblaient se toucher, mais cette rencontre demeurait figurative et voilée, passant par
l’intermédiaire des rites, des sacrifices et du ministère des prêtres. Ces
sacrifices, rituels et ordonnances cérémonielles annonçaient une réalité plus
profonde : l’œuvre du Christ. Il est important de comprendre que cette économie
n’était pas une erreur. Elle avait une fonction. Elle
préparait le regard du peuple de Dieu. Mais comme toute pédagogie, elle était
destinée à conduire plus loin.
En science, il arrive que l’on
doive abandonner certaines explications anciennes lorsque la connaissance
progresse. Les premiers penseurs imaginaient la matière comme une substance
divisible indéfiniment. Puis l’on découvrit les atomes. Ensuite les noyaux
entourés d’électrons. Aujourd’hui, nous parlons de quarks, de bosons, d’une
véritable « ménagerie » de particules. La réalité n’a pas changé ; c’est notre compréhension qui s’est affinée.
L’histoire du judéo-christianisme
connaît une transformation comparable. Lorsque la mission de Jésus fut
pleinement révélée, l’ancienne approche légaliste - qui avait pourtant
contribué à former la compréhension religieuse du peuple - cessa d’être
nécessaire. La vie et
l’enseignement du Christ déplacèrent le centre : des
métaphores cérémonielles vers l’amour de Dieu et les relations vivantes avec
Lui.
De la même manière que certaines
découvertes scientifiques obligent à relire toute la compréhension précédente,
l’événement de la croix agit comme
un point de bascule dans l’histoire de la révélation. On
pourrait presque dire que la croix constitue ce que les mathématiciens
appellent une singularité : un point où quelque chose se produit que l’on ne
peut entièrement définir, mais dont on connaît ce qui précède et ce qui suit.
D’une certaine manière, le légalisme conduit jusqu’à la croix - et l’amour en
découle. Non pas que Dieu ait changé. Comme dans le modèle scientifique évoqué plus haut, la réalité demeure la même ; c’est notre compréhension
qui se transforme.
II. LA CROIX :
le voile déchiré et
la plénitude de l’accès à Dieu
Cette transformation devient
visible au moment même de la crucifixion. Lorsque Jésus déclare : «Tout est accompli, » un événement saisissant se produit
dans le temple de Jérusalem. « Le voile du temple se déchira en deux, depuis
le haut jusqu’en bas » (Mt 27:51). Ce voile séparait le lieu saint du lieu
très saint. Sa déchirure ne fut pas un simple accident architectural : elle fut
un signe théologique. La main invisible de
Dieu venait de parler.
On peut imaginer la scène. Le grand
prêtre, dans le temple, se prépare à immoler l’agneau du sacrifice. Le couteau
est levé. Et soudain le voile se déchire. L’ombre sacrificielle est
interrompue. Le geste est arrêté, comme autrefois celui d’Abraham lorsque
l’ange de l’Éternel l’empêcha d’immoler Isaac (Gen 22:10-11). Le message est clair : le
système des ombres est arrivé à son terme.
La croix accomplit ce que les
sacrifices annonçaient. Le médiateur véritable est venu. Dès lors, l’accès à
Dieu n’est plus médiatisé par un système terrestre. Le ciel s’ouvre
directement. Dans cet instant, la distance entre le ciel et la terre se
trouve franchie. C’est pourquoi Paul peut dire que les croyants ne sont
plus soumis à ces observances. S’attacher encore à ces rites comme s’ils
constituaient le cœur de la foi revient à se lier à des réalités périssables,
appartenant à un monde qui passe. Or l’espérance chrétienne regarde ailleurs :
« Nous attendons, selon sa promesse, de nouveaux cieux et une nouvelle terre où
la justice habitera » (2 Pi 3:13).
Lorsque l’ombre est maintenue comme
si elle était la réalité, elle cesse d’être un signe. Elle devient un obstacle.
L’histoire religieuse montre alors un phénomène récurrent : lorsque la réalité spirituelle est
perdue de vue, l’espace laissé par les symboles est souvent rempli par de
nouvelles prescriptions humaines. Et cet obstacle prend souvent une forme inattendue : les
ordonnances des hommes.
III. LES ORDONNANCES DES HOMMES :
le vide du légalisme face à la plénitude de la grâce
Il est ironique de constater que
ceux qui prétendent connaître les commandements de Dieu sont parfois les
premiers à instaurer les « commandements
des hommes. » C’était
déjà le cas des pharisiens. Ils se présentaient comme les gardiens de la loi
divine, mais ils avaient élaboré un ensemble de règles religieuses humaines
qu’ils traitaient comme si elles étaient nécessaires au salut.
Ces commandements ne sont pas
forcément mauvais en eux-mêmes. Ils peuvent viser la discipline, la moralité,
le contrôle du comportement. Mais Paul affirme qu’ils n’ont qu’« une
apparence de sagesse » (Col 2:23). Ils peuvent modifier l’extérieur, mais ils
ne transforment pas le cœur. Ce danger se déploie sous plusieurs formes.
D’abord, ces règles deviennent le centre de
l’attention, et non plus Christ. Subtilement, l’autorité se déplace du Sauveur
vers des prescriptions humaines. Ensuite, elles encouragent le légalisme : ce
qui est observé devient la mesure de la spiritualité. Elles nourrissent
l’orgueil chez ceux qui les respectent et produisent chez ceux qui échouent un
sentiment d’aliénation, de culpabilité ou de désespoir. Et surtout, elles se
concentrent sur les comportements extérieurs, étant « sans aucune valeur pour
arrêter les désirs de la chair » (Col 2:23).
Jésus lui-même avait averti : « Vous
abandonnez le commandement de Dieu et vous observez la tradition des hommes…
Leur culte est vain, parce qu’ils enseignent des préceptes qui sont des
commandements d’hommes » (Mc 7:7-8). Les formes peuvent varier aujourd’hui -
codes vestimentaires, traditions religieuses, pratiques culturelles, rituels ou
styles de culte. Ces choses ne sont pas mauvaises en elles-mêmes. Mais lorsqu’elles sont élevées au rang
d’autorité divine, lorsqu’elles deviennent nécessaires au salut, elles prennent
la place qui appartient à Christ seul.
Le légalisme est souvent une
tentative humaine pour remplir un vide spirituel. Mais Paul rappelle une vérité
simple et décisive : « Vous avez tout pleinement en lui » (Col 2:10).
SYNTHÈSE
Le salut ne repose pas sur nos
observances religieuses. Il repose sur l’œuvre accomplie du Christ pour nous.
La justification ne vient pas de ce que nous accomplissons pour Dieu, mais de
ce que Dieu a accompli pour nous en Jésus-Christ. L’ombre est passée. Le voile
est déchiré. L’accès au ciel est ouvert.
Et dans cette plénitude offerte, le
croyant découvre une liberté nouvelle : vivre non sous la
tyrannie des règles humaines, mais dans la grâce du salut accompli.
Puissions-nous vivre non plus sous
l’ombre des ordonnances humaines, mais dans la lumière de la plénitude de
Christ - Lui qui est tout, Lui qui a tout accompli, Lui qui suffit.
ABONDANTES GRÂCES DE
L’ÉTERNEL !
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